« Battle of » – Souvenir de vacances

Laetitia « ça veut dire la joie » a renouvelé l’expérience des « battle ». Cette fois ci le défi, c’est de faire un tampon relié à un souvenir de vacances. Je vous ai donc fait quelque chose directement relié à mes vacances d’enfance puisque de l’âge de 6 ans à l’âge de 13 ans environ j’ai suivi des cures thermales de 3 semaines l’été au même endroit.
Allez suivre ce lien sur le blog de Laetitia, vous découvrirez les autres participations à ce petit challenge entre graveuses de tampons 🙂

Le tampon représente la sortie d’une des sources thermale que je buvais durant la cure.

DSC_0879

Laetitia nous a suggéré d’en dire un peu plus sur ce souvenir, vous avez envie d’en lire un peu plus, j’ai écrit il y a quelques années lors d’un atelier d’écriture un texte sur ces vacances près de Saint Honoré les bains.
C’est en dessous. Je ne l’ai pas trop travaillé ce texte, merci de votre indulgence 🙂


Nous étions au « Château de la Bussière », un domaine constitué de quelques maisonnettes, dépendances d’un ancien petit château juché tout en haut d’une colline qui surplombait une large vallée bocagère louées à des vacanciers  Nous ne disions pas le château, mais le manoir. Nous avions l’impression d’être seuls au monde. Ce lieu appartenait à une dame noble, maman disait la comtesse d’Été. Quand nous arrivions de notre trajet en voiture au château pour prendre les clés de notre maison, ma sœur et moi devions rester dans la voiture. Seuls mes parents entraient. A la rigueur nous pouvions dégourdir nos jambes dans l’immense jardin mais sans nous éloigner. J’imaginais cette dame en longue robe blanche et grand chapeau, assise sur un large fauteuil en rotin, dans un jardin d’hiver verdoyant, rempli de fleurs et pleins de papillons voletant autour d’elle. 

 

Nous étions libres, un peu livrées à nous même durant les longs après midi de chaleur estivale. J’avais la seule obligation de faire une sieste après le repas de midi. Contrainte posée par le médecin puisque je n’allais à la cure que le matin. Ayant la santé fragile, cette cure devait me rendre plus solide durant les mois d’hiver qui suivaient. Durant trois semaines, tous les matins j’allais aux soins. Je respirais les eaux de soufre et d’arsenic en brume vaporisée au vaporarium. Cinq minutes le premier jour, trente longues minutes en fin de cure. J’entrais seule dans cet espace qui sentait l’œuf pourri. Les non curistes n’y avaient pas accès. Il y avait aussi les bains de pieds : Des jets d’eau glacée puis successivement bouillante battant tous les pieds des enfants qui comme moi étaient assis en rang sur des bancs. Pantalons ou jupes relevés, les jambes nues passées dans des petites ouvertures carrées devant nous. Les jets passaient : Tchac tchac tchac j’entends et je sens encore le battement du jet violent passant de droite et de gauche, de gauche et de droite sur la peau. Nous sortions nos jambes rougies presque douloureuses. Nous marchions en file d’un soin à l’autre, eau chaude soufrée distillée dans les narines, gargarismes, ainsi de suite jusqu’au rituel final de cette matinée de soins qui n’en finissait pas : La dégustation des eaux thermales : cinq millilitres de Romaine, trente millilitre de Crevasse le premier jour et des quantités allant en augmentant ou en diminuant selon les ordonnances. J’aimais beaucoup le goût de la Romaine, j’avais parfois envie de m’en désaltérer plus que la mesure donnée mais je n’osais pas. De plus le remplissage du gobelet gradué était surveillé avec précision par une dame à l’allure revêche. Ce rituel me faisait penser aux saints sacrements de la messe. Buvez le sang du Christ et de la guérison Amen.
 
Normalement les soins devaient se faire sur deux temps par jour, matin et après midi. Mais comme nous n’étions pas basés dans la ville thermale même, les logements y étant trop chers, ma mère avait obtenu la dérogation du médecin de tout regrouper dans la matinée, à condition que je me repose ensuite. Raison pour laquelle J’étais de sieste forcée tous les après midis. Je tentais de me reposer et comptais les minutes pour être libérée et aller jouer avec les autres.
 
Allongée sur les draps frais de mon lit, j’entendais par les fenêtres entrouvertes de ma chambre les bruits du dehors. Assiettes, verres, rires, bourdonnements d’insectes, vent dans les arbres alentours. Une année j’entendais incessamment « Brice ton pouce ». Dans la maisonnette voisine, un enfant de six ou sept ans subissait l’autorité d’une mère qui s’évertuait avec une conscience frisant l’acharnement à lui faire répéter son violon chaque jour après le repas. « Crin Crin Brice, ton pouce, Crin Crin Brice ton pouce », était le son répétitif qui me plongeait tel une berceuse dans le sommeil obligatoire, passe pour des après midi de liberté.
 
Après la sieste, je galopais avec ma sœur dans la campagne alentour. Nous inventions des jeux à l’infini. Nous nous cachions dans les énormes bottes de paille de la grange. Une partie du domaine était encore affectée à une activité agricole d’élevage. Des moutons paissaient dans la prairie sous le manoir en rentraient les jours froids à l’étable au fond de la cour des dépendances. Je passais des heures à explorer chaque recoin du domaine. Un jour j’ai découvert une pièce derrière la grange, au sol de terre battue, remplie de boite de pigments de couleur. Ils étaient empaquetés dans des sacs de papiers bruns. Il y en avait des dizaines sur des étagères jusqu’au plafond. Je passais des heures seule dans cette pièce à regarder fascinée les poudres de couleur qui semblaient avoir été abandonnées là depuis des années, j’ouvrais précautionneusement les papiers dans les boîtes en bois et regardait les couleurs en poudre. Je prélevais parfois juste un peu pour voir la couleur se poser sur mes doigts. 
Pêche à la grenouille, cueillette de champignons ou de myrtilles, constructions de cabanes, balançoires dans les arbres avec un tronc de bois attaché avec de la ficelle à bottes de paille occupaient nos après midi. Le dimanche, nous prenions le pic-nic et nous partions souvent plus loin, parfois au bord de l’Alène une petite rivière où mes parents aimaient à pêcher. Je ramassais les écrevisses, pêchais des poissons chat, faisais des barrages sur la « cascade » qui était une petite chute d’eau qui tombait d’un muret construit le long d’un ancien moulin à aube. Nous marchions dessus avec témérité, l’eau tombant en bas dans une chute bruyante et impressionnante d’un peu plus d’un mètre qui nous paraissait digne des chutes du Niagara.
 
Une autre année mes parents avaient proposé à des amis de nous accompagner. Nous avions des complices de jeu cette année là, deux fillettes d’à peu près notre âge 9 ou 10 ans. Je ne sais plus qui a eu une après midi l’idée de jouer avec les moutons. Le troupeau paisible paissait dans la pente sous le manoir. En cas de chaleur ils se regroupaient dans le petit bois que nous avions nommé le bois de l’Est. De l’autre côté du champ, se trouvait le bois de l’Ouest. Les arbres y étaient bas et n’avaient plus de feuilles en dessous de la hauteur à laquelle les moutons pouvaient brouter. Les branches étaient accessibles à nos petites jambes. 

L’idée du jeu était de faire peur aux moutons en passant derrière eux. Il fallait crier pour les déloger du bois de l’Est, les amener par des grands mouvements de bras à courir dans le champ jusqu’au bois de l’Ouest. Bien sûr le clou du jeu était qu’une d’entre nous fasse peur aux moutons, tandis que les autres attendaient au milieu du champ. Voir ces moutons en troupe nous foncer dessus au pas de charge, puis attendre la dernière minute pour courir en ayant l’impression qu’ils nous poursuivaient, était le but de ce jeu risqué. La frayeur ressentie était  horrifiante et excitante à la fois. Nous courions tout en hurlant de peur et riant aux éclats, ne sachant pas quelle émotion prenait le dessus. Arrivées au bois de l’Ouest, nous devions grimper le plus vite possible sur les arbres dénudés afin de voir, soulagées, les moutons passer en dessous de nous. Puis nous recommencions ainsi du bois de l’Ouest au bois de l’Est, jusqu’à épuisement des braves moutons qui alors trouvaient à se réfugier au sud, où le jeu n’était plus possible mais où ils gagnaient leur repos. 

Riant de ces moments exaltants, nous montions nous désaltérer à la maison, les parents nous demandant parfois où nous étions et nous de répondre «on jouait au champ». Une fois ce rapide compte rendu effectué, un goûter avalé, nous repartions jouer dans cet espace où les idées ne manquaient jamais.

 Le bois sous le manoir, image retrouvée via le site de l’endroit loué devenu aujourd’hui un gîte, on voit même les moutons paître

 

16 réponses sur “« Battle of » – Souvenir de vacances”

  1. Avoinette

    Ton tampon n’a rien à envier à ton texte … et j’aime beaucoup l’idée du mur mosaïque derrière… superbe.
    Tes vacances de jeunesse t’ont laissés bien des souvenirs précis … et tu les narre avec beaucoup de nostalgie que je ressens bien à la lecture …
    J’adore …

  2. Maud

    Bon ben voilà j’ai passé une partie de l’aprem a regarder ton blog (et je ne suis pas encore arrivée « au bout ») ma productivité ne te dit pas merci ! 😀
    Franchement c’est génial. Tout est joli, intéressant, mignon, original, créatif… Qu’on se contente de jeter un œil aux image ou qu’on lise l’article entier on ne peut être qu’emballé !
    Je te souhaite une très bonne continuation et je vais de ce pas m’abonner au flux rss !

  3. TIC tics

    J’ai eu l’impression de lire une histoire à la Pagnol, style la gloire de mon père !! Y’avait les images, les sons, ne manquaient que les odeurs à part celles du soufre ..!Quel voyage !

  4. Sophie

    Un travail de gravure toujours aussi fin et délicat ! J’aime beaucoup. Et Quel beau texte ! Tes descriptions sont si précises et c’est si bien raconté que j’ai été transportée avec toi à Saint-Honoré-les-bains. C’est émouvant…

  5. Fany

    Eh bien Fabienne , nous avons un point en commun , j’ai moi aussi passé toutes mes vacances d’été (de 4 ans à 14 ans ) à St honoré et j’ai tout de suite reconnu le tampon , du coup je me suis précipité pour lire ton post …
    Je me souviens très bien de cette source puisque c’est celle-ci que je buvais matin et après-midi ….
    En regardant tes images , les vapeurs de souffre me sont revenues en mémoire …vaporarium , bains de pieds …etc etc ….
    Que de souvenirs !
    Peut-ête nous sommes nous croisées alors ? Qui sait ….

    1. Fab

      Extra Fany !!! C’est un super point commun. Malgré le fait que cela puisse paraître contraignant de passer tous ces étés au même endroit, pour moi j’en garde de merveilleux souvenirs. Et les années de cure ont été vraiment bénéfiques sur ma santé. Oui peut-être nous sommes nous croisées 🙂

  6. Ilse

    Your stamp is beautiful with those details, and the way you made a composition to create the wall -and so is your story: full of detail and well composed!

    1. Fab

      Merci 🙂 Non ce n’est pas moi, c’est une photo trouvée sur le net qui montre l’endroit exact. je n’étais déjà pas très « rose » à l’époque, filette c’ététait cheveux courts et pantalon 🙂 …

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée ! Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>