Une nouvelle technique de gravure : Moku hanga, premier essai

Je ne sais plus trop comment cette idée m’est venue, il me semble que c’était en voulant faire des paysages en gravure, et que je ne me sentais pas en phase avec la réalisation de compositions de paysages en linogravure. Je commence à maîtriser le processus de linogravure, j’ai toujours plein de projets en cours, en attente, à faire… Mais j’aime aussi explorer. Réaliser des paysages était une idée qui me trottait en tête depuis quelques temps, mais comme souvent, le temps me freinait, car je ne suis pas très à l’aise avec la réalisation de compositions de paysages. Je suis à l’aise avec le dessin de fleurs, comment les organiser en bouquet, comment travailler le graphisme d’un bouquet. Pour ça, les choses roulent, je suis presque en « routine ». Et quelque part cela me freine, oh bien sûr, je n’ai pas l’intention d’arrêter, mais j’avais envie d’autre chose, de revenir au bois gravé. Chaque fois que je regarde une gravure sur bois, je suis séduite. Ce matériau organique me parle.

C’est donc naturellement que ce cheminement m’a amené vers l’idée qu’il fallait que je re-teste la gravure sur bois mais avec la technique de l’estampe japonaise ou encore « Moku hanga » ce qui signifie « impression (hanga) sur plaque de bois (Moku) ». Cette technique se rapproche de celle que je pratique déjà, en linogravure à plusieurs plaques, ici, il s’agit de planches de bois gravées, sur lesquelles on passe les couleurs. L’intérêt notable de cette technique étant aussi, pour moi qui n’ai pas des jours entiers à l’atelier, qu’une fois les bois gravés, l’impression complète peut se faire en une journée, même s’il y a 5 ou 6 plaques de bois différentes.

Les couleurs sont des couleurs à l’eau (aquarelles, gouaches), brossées directement sur le bois avec un liant (NORI), à base d’amidon (de riz, de blé). Le papier doit être humide et l’impression se fait en frottant avec un baren le papier sur le bois. L’encre est déposée (bue) par les fibres du papier. Jusqu’ici tout va bien, et paraît simple. Je me suis lancée dans cette technique et pour débuter, j’ai utilisé des planches de contreplaqué japonais qu’il me restait des gravures sur bois réalisées il y a quelques années.

D’abord, j’avais une photo d’un lieu que j’ai beaucoup aimé, lors de nos vacances en Corrèze il y a deux ans. J’ai cherché à représenter cette vue, et j’ai un peu galéré ! Je ne suis pas spécialiste des paysages, et pourtant j’aimerais bien savoir en dessiner, il va falloir que j’y travaille avec un carnet de croquis cette année. L’occasion de me donner un chouette objectif.

J’ai même testé la peinture acrylique et la gouache pour dessiner cette vue (j’ai partagé à ce moment là mes essais sur les stories d’Instagram), et j’ai gardé cette composition.Ensuite, j’ai reporté le dessin simplifié sur calque, scanné celui-ci et imprimé sur papier de soie, qui m’a servi de papier transfert. Les puristes de l’estampe, utilisent du papier « gampi » (très fin, et surtout très cher !!), sur lequel est transféré les dessins à graver (hanshita). J’ai utilisé la technique dite « de la débrouille » et surtout pas chère avec du papier de soie collé sur le bois avec du Nori. Une fois sec, on arrive à graver parfaitement. Le même dessin est donc collé (avec précision au même endroit) sur chaque planche, et les parties correspondantes aux différentes couleurs sont gravées.

L’affûtage des gouges est un préalable. Graver du bois, nécessite des gouges tranchantes comme des lames de rasoir. J’ai donc utilisé ma pierre arkansas pour remettre à neuf mes lames. J’ai des outils différents de ceux que j’utilise pour le lino, quelques gouges japonaises soigneusement affûtées.

Les plaques sont toutes gravées. Je n’apprécie pas particulièrement le contreplaqué japonais, car les différentes couches de bois collées, n’ont pas la même orientation des fibres, et c’est assez désagréable en gravant. Il y avait même une fine couche de papier entre deux couches ! Je préfère graver sur du bois plein, je me suis donc réapprovisionnée, suite à cela, en bois brut.

Ensuite, la couleur est passée avec une brosse sur le bois. Clairement, ce premier essai ne fut pas une belle réussite. Il n’avait pas d’autre but que de me mettre à cette technique, et d’apprendre de mes erreurs, c’est bien ainsi que j’ai démarré en linogravure, je n’ai pas fait autrement. Les couleurs sont trop pâles, l’humidité du papier était clairement mal maîtrisée, les brosses utilisées n’étaient pas adaptées, la cata ! Mais j’ai beaucoup appris. Le résultat est un peu fade, c’est l’effet aquarelle, en séchant une couleur qui paraît dense devient trop clair, il faut utiliser et mixer l’utilisation de gouaches plus denses m’a-ton soufflé à l’oreille. J’ai désespéré.

 

J’écris cet article plusieurs semaines après ce premier essai. Je me souviens avoir terminé, en étant limite désespérée, et me demandant pourquoi j’ai choisi de quitter la route du confort de la linogravure maîtrisée pour cette nouvelle technique, hésitant entre envie de ne pas continuer, et espoir que ça pourrait changer.

J’avais fait une commande importante de matériel venant du japon (brosses) et de bois (voir ci-dessous), je devais continuer. J’ai donc de suite remis mes gouges sur l’ouvrage, la suite au prochain article…

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